« Maraîcher/maraîchère encadrant, BTS ou BTA agri bio souhaité, débutant accepté, offre de CDI. Salaire mensuel 1.550 euros brut, à négocier selon expérience, mutuelle incluse. » « Cueilleur, cueilleuse de fruits (pommes, poires). Le travail sfeffectue en hauteur sur un escabeau à 1,5 mètre. Le poste requiert une bonne condition physique. Débutant accepté. CDD 40 jours. Salaire mensuel : 1.440,96 euros, prévoir des heures supplémentaires. » « Adjoint au directeur d'entreprise paysagiste. Vous serez chargé de la commercialisation de nos activités, de la recherche de nouveaux clients, du suivi des équipes et de l'établissement du rapport financier des chantiers. Expérience souhaitée deux ans. CDI. Salaire mensuel selon profil + prime de résultat. » « Élagueur/élagueuse pour le taillage et l'abattage d'arbres. Vous devez être impérativement titulaire du BEPA travaux forestiers ou posséder le certificat de spécialisation en élagage. Débutant accepté si formation en élagage. Salaire à négocier selon profil. »
Sur le tableau, les offres d'emploi s'égrènent. Dès 9 h du matin, des visages concentrés s'attardent sur le panneau, à la recherche d'une annonce susceptible de les intéresser. Bienvenue au « Forum des métiers et de l'emploi », organisé ce 5 février à Sarcelles (dans le Val-d'Oise) par la MSA Ile-de-France. Une sélection d'offres qui d'emblée montre la variété des métiers de l'agriculture, les possibilités d'emploi pérenne, ou encore donne un aperçu des niveaux de salaire - pas figés au Smic. Voilà une bonne occasion de tordre le cou à certaines idées reçues sur l'emploi dans le secteur.
La moitié du Val-d'Oise est couverte par des terres agricoles
Sarcelles se trouve certes sur un territoire très urbanisé, mais le lieu est facile d'accès, et il ne faut pas faire de grandes distances pour se retrouver à proximité de grandes entreprises agricoles (pépinières, espaces verts, polyculture, céréales...). L'activité économique agricole est certes en déclin dans certains secteurs (arboriculture, maraîchage), menacée par l'urbanisation (le prix du foncier, l'enclavement et le morcellement des parcelles compliquent l'exploitation), mais la moitié du département du Val-d'Oise est encore couverte par des terres agricoles. L'enjeu est donc de favoriser le maintien de ces métiers, qui se révèlent générateurs d'emploi.
« Nous sommes partis d'une demande récurrente des employeurs agricoles, indique Yann Ulliac, responsable départemental à la MSA Ile-de-France et organisateur du forum. Ils disent avoir du mal à trouver des salariés et nous font régulièrement part des soucis qu'ils rencontrent, par rapport notamment à l'attractivité du métier. » D'où la naissance de ces forums il y a quelques années, en différents points de la région (voir encadré). Des rencontres qui portent sur l'emploi - avec la mise en relation directe des salariés potentiels avec les employeurs - et sur la promotion des métiers agricoles. Différents partenaires (ANPE, mission locale, Assedic, Union nationale des entreprises du paysage, Fnars - Fédération nationale des associations de réinsertion sociale-) y participent pour apporter information et conseil, préciser les conditions d'accès à ces métiers.
« Nous recherchons actuellement trois ou quatre personnes »
C'est l'occasion pour des chefs d'entreprise agricole de prendre la parole afin de présenter leur secteur d'activité, avec les satisfactions, les exigences et les contraintes du métier. « Pour nous, indique M. Chatelain, pépiniériste, il s'agit de composer avec la nature. On part du vivant, du végétal pour faire naître et grandir des plants en leur apportant des soins : taille, désherbage, plantation... Il est fait pour des gens qui aiment le travail dans la nature, pour des personnes volontaires, physiques, disposant de compétences manuelles et à l'aise avec le maniement d'outils. C'est un métier riche, qui autorise la création. Les contreparties sont valorisantes ; les plantes que l'on fabrique apportent une satisfaction importante. Et, actuellement, nous recherchons trois, quatre personnes. »
Pierre Duplessis évoque quant à lui le métier de paysagiste, professionnel qui « conçoit, réalise et entretient des jardins, parcs, terrains de sport, espaces extérieurs pour une clientèle variée : particuliers, collectivités, immeubles de bureaux, ateliers, promoteurs immobiliers. Le paysagiste peut concevoir des plans, propose des végétaux et des aménagements paysagers, réalise les travaux - mouvements de terre, engazonnement, plantations, tuteurage, clôtures- Des tâches qui nécessitent une formation préalable, ou effectuée au sein de l'entreprise dans l'optique de spécialiser les salariés sur tel ou tel créneau. C'est un métier très dur, précise encore cet employeur, avec de fortes contraintes, des travaux à l'extérieur, sous tous les temps, mais il est passionnant. » Autre éclairage avec M. Richaudeau, arboriculteur, qui évoque une activité « demandant beaucoup d'entretien. Un monde soigneux, méticuleux pour amener les fruits à terme. » Il est à la recherche de salariés pour la taille des arbres et la cueillette ; il précise que sur trois des départements de l'Ile-de-France, il y a 700 ha de vergers, pour 60 et 70 exploitations, avec un potentiel d'emploi pour 200 personnes environ.
« J'ai au moins trois CV que j'estime intéressants »
Sans taire les exigences et difficultés de leur activité, ces chefs d'entreprise veulent avant tout transmettre leur enthousiasme et leur amour du végétal. Message apparemment reçu si l'on en croit la queue qui se forme devant chacun d'eux, dans la perspective d'une rencontre individuelle. Car, après ces présentations, chaque candidat peut en effet entrer en relation avec ces employeurs, pour un entretien de 10 à 15 minutes environ ; l'occasion d'une première prise de contact, d'en savoir plus, de déposer son CV. Les 200 personnes présentes aujourd'hui ont été informées par la mission locale, l'ANPE, les structures d'insertion après un travail de ciblage sur leurs fichiers, à partir des offres transmises en amont par les employeurs.
Le stand d'Aquasylva, une entreprise d'Argenteuil d'une dizaine de personnes, spécialisée dans l'aménagement, la restauration et l'entretien de berges sur fleuve, rivières, étangs, marais, zones humides, fait aussi le plein. Les panneaux de présentation des activités de l'entreprise, agrémentés de photos de différents chantiers, y sont certainement pour quelque chose. « Le recrutement, c'est notre point faible, c'est compliqué, admet le chef de cette entreprise qui va bientôt fêter ses dix ans d'existence. Actuellement, je recherche un ouvrier, un technicien, un ingénieur/conducteur de travaux. » Il se déclare satisfait de sa participation au forum : « J'ai reçu plus d'une trentaine de personnes aujourd'hui ; j'ai au moins trois CV que j'estime intéressants. Ces entretiens m'ont permis de détecter une volonté, des motivations, et de m'assurer que les demandeurs étaient prêts ou non à accepter des contraintes du métier (mobilité notamment, pour des chantiers souvent longs), qu'ils répondaient à certaines exigences : bonne condition physique, permis de conduire. À moi maintenant de les recontacter pour aller plus avant. » Rencontre également au stand d'Espace Green services, une entreprise d'élagage qui recherche des élagueurs confirmés, « depuis cinq ans ! On a du travail par-dessus la tête, précise cette responsable d'entreprise ; beaucoup de devis tombent et on ne peut malheureusement pas les honorer, faute de main-d'oeuvre. Nous avons de bons élagueurs mais ils avancent en âge, ce qui ne leur permet plus de monter aux arbres comme avant ; il y a une certaine fatigabilité, on ne peut plus aller tronçonner sans risque, avec une tronçonneuse de 25 kg. Alors nous recherchons des jeunes pour assurer la relève. » Et, visiblement, ça coince. « Il n'y a pas suffisamment d'information, de conseil, d'orientation sur ce secteur d'activité - on dirige plus facilement les jeunes vers des formations de jardinage -, estime l'employeur, alors qu'on pourrait faire savoir aux jeunes qu'ils ne seront jamais au chômage dans notre métier. »
Encore une illustration que les entreprises agricoles se trouvent confrontées à un réel problème de recrutement de main-d'oeuvre. La MSA Ile-de-France a fait le pari de ces forums pour répondre aux attentes exprimées par les employeurs, en faisant se rencontrer l'offre et la demande, en réunissant sur un même lieu, tous les acteurs de la chaîne - orientation, formation, entreprises. Une organisation désormais rôdée, avec un partenariat large, et une implication forte des élus MSA ; « Il y a une mobilisation très active de leur part, souligne Yann Ulliac, et ils s'impliquent à plusieurs niveaux - notamment pour l'organisation et la mise en place de la signalétique, pour l'accueil et l'orientation des personnes pendant toute la durée du forum ; à l'entrée, ils remettent à chaque participant un kit comprenant la photocopie de toutes les offres d'emploi disponibles sur le forum, un stylo, une carte du forum- et un questionnaire à remplir à l'issue de la journée, dans la perspective d'une évaluation. »
Mieux connaître le marché de l'emploi agricole
Contribuer à apporter des réponses aux chefs d'entreprise afin de soutenir l'emploi, tel est l'enjeu. « Nous avons une légitimité en terme d'emploi, c'est nous qui détenons le fichier des entreprises agricoles le plus à jour d'ile-de-France », indique Pierre Loiseau, chargé de mission emploi-logement à la MSA Ile-de-France. Outre ces forums, la MSA vient aussi d'initier un travail pour favoriser les groupements d'employeurs. Pour l'heure, elle en est au stade de l'expérimentation, dans le département de l'Essonne, où elle cherche dans un premier temps à « favoriser l'expression de besoins spatialisés. La MSA a un rôle de médiation privilégié, entre des entreprises qui expriment des besoins et des partenaires de l'emploi ; elle travaille pour mettre les gens en relation. » Le groupement d'employeurs à des atouts pour séduire, « la mutualisation est intéressante pour les employeurs ». Afin d'avancer dans cette direction, il lui faut mieux connaître encore le marché de l'emploi agricole. « Pour pourvoir des offres, poursuit Pierre Loiseau, on passe souvent d'abord par le bouche à oreille, par le réseau amical ; le profil ne se révèle pas toujours satisfaisant, en raison notamment d'une insuffisance de professionnalisation. Il faut faire sortir l'emploi agricole de l'anonymat, travailler sur la professionnalisation et être le plus proche possible des besoins. » La valorisation des activités, du savoir-faire est donc un champ d'action à creuser « de la jeunesse à la cessation d'activité. Pour la promotion de l'agriculture, il faut créer des vocations au plus tôt et donc investir le milieu scolaire. Il me paraît important également de travailler sur la reprise d'exploitations - là encore, nous disposons des éléments d'information dans nos fichiers pour pouvoir agir en amont - et sur le maintien de l'activité. » Des orientations créatrices d'emploi ...
Gildas Bellet
En chiffres
Dans une région fortement urbanisée, la population agricole adhérente à la MSA Ile-de-France en 2006 était constituée de 196.000 retraités, de 44.500 salariés. Côte entreprises, on avait enregistré cette même année 7.062 entreprises agricoles ; 3.050 entreprises connexes (paysagisme, hippisme, secteur forestier, travaux agricoles, bûcheronnage) ; 1.216 particuliers employeurs de main-d'oeuvre ; 1.069 dans le secteur tertiaire et les services.